Flambée des prix des matières premières laitières
Aujourd’hui, le marché des produits laitiers connaît une véritable flambée des prix des matières premières. Le lait, cette matière qui était il y a un peu plus d’un an présente en trop grandes quantités et venait casser les prix du marché, vient maintenant à manquer. La poudre de lait écrémée est actuellement à 4000 € la tonne, alors qu’elle ne valait que 2000 € il y a un an[1].
Cette hausse du lait concerne les produits commercialisés sur le marché mondial, la poudre de lait et le beurre qui entrent dans la composition des produits destinés à la consommation humaine, comme les yaourts, crèmes glacées, biscuits et chocolat.
Les industriels agroalimentaires ont les moyens de s’approvisionner, ce qui n’est pas le cas des pays qui ne produisent pas et qui n’ont pas les mêmes moyens, comme les pays d’Afrique subsaharienne. L’Algérie quant à elle subventionne déjà ses achats afin que le commerce de détail ne se retrouve pas plombé par des prix inabordables.
Comment peut-on expliquer ce phénomène qui modifie complètement la structure du marché ?
Tout d’abord cela s’explique par le fait que le cheptel de vaches laitières en Europe ait diminué. En effet, la réforme de la PAC (Politique Agricole Commune) avec la disparition du système des Aides financières entraîne de fortes variations, aussi bien à la hausse qu’à la baisse, des prix des matières premières du lait. De plus, l’activité de producteur laitier est très coûteuse, et des vaches à lait ont parfois été remplacées par des vaches à viandes, ce qui a provoqué une diminution du cheptel des vaches laitières, donc de la production laitière et de ce fait de la collecte du lait.
D’après la Maison du lait, qui représente quelque 120 000 producteurs français, la production européenne aurait diminué d’un milliard de litres sur l’année écoulée.
Vient s’ajouter à ce phénomène économique, un phénomène climatique, la sécheresse en Australie et en Nouvelle Zélande, qui entraîne naturellement une diminution de la production laitière. L’Europe devient donc un fournisseur principal de lait.
Une hausse des prix est encore à prévoir d’ici la fin de l’année, alors que la consommation en lait augmente continuellement dans les pays émergents, ce qui crée un déséquilibre encore plus important entre l’offre et la demande. En Chine, le yaourt est un produit de consommation récent et se positionne sur le créneau du luxe. Il est donc réservé à la partie aisée de la population chinoise, et cette population représente plusieurs millions de personnes.
Nestlé s’est implanté en Chine et y investit depuis 20 ans, du fait que ce pays représente un très fort potentiel de ventes par son développement et sa modernisation. Le groupe agroalimentaire possède 21 usines sur 18 sites et emploie 13000 personnes.
La tendance du marché est donc actuellement très volatile et l’Industrie Européenne fonctionne en flux tendus du fait de ce déséquilibre entre une demande trop forte par rapport à une offre très restreinte. Les prix des matières premières du lait devraient se stabiliser d’ici la fin de l’année, mais resteront encore élevés pendant un certain temps. Evolution inattendue qui influence la structure du marché et favorise donc certains changements, comme l’Alliance entre Sodiaal et Entremont Alliance dont le partenariat permettra de faire face à cette instabilité du marché, ou encore Danone qui recentre son activité sur son savoir-faire premier, les produits laitiers frais et l’eau, avec l’acquisition de Numico.
[1] Matières premières : le beurre et l’argent du beurre, Alexandra Voinchet, 05 Juillet 2007, Francebourse.com